Quatre habitudes ont réduit de 78 % le risque de maladie chronique chez 23 153 adultes : la prévention des maladies consiste à agir sur les facteurs de risque comportementaux (alcool, tabac, manque d'exercice), à se faire dépister et à se vacciner contre l'infection, pour la santé de toute une vie.
Prévenir une maladie, c'est réduire ses facteurs de risque (tabac, alcool, sédentarité, poids, tension) avant l'apparition des premiers signes. Le dépistage des maladies à un stade précoce et la vaccination complètent cette prévention, avec une prise en charge par l'Assurance maladie.
Mon bilan prévention offre un point santé gratuit à 18-25, 45-50, 60-65 et 70-75 ans pour bâtir un plan de prévention adapté à sa vie et à son risque.
Prévention primaire, secondaire, tertiaire : de quoi parle-t-on ?
L'Organisation mondiale de la santé distingue trois niveaux de prévention des maladies, selon le moment où l'on agit sur le risque : avant la maladie, à son début ou une fois installée.
- Prévention primaire
- Elle vise à empêcher l'apparition de la maladie : arrêt du tabac, activité physique, vaccination, alimentation variée, protection solaire. C'est le niveau le plus rentable pour la santé publique, parce qu'il réduit le nombre de nouveaux cas.
- Prévention secondaire
- Elle repère une maladie à un stade précoce, quand elle ne donne encore aucun symptôme : mammographie, test immunologique du cancer colorectal, mesure de la tension, dosage de la glycémie. Un cancer du sein découvert à un stade précoce se soigne avec des traitements plus légers et de meilleures chances de guérison.
- Prévention tertiaire
- Elle limite les complications et les rechutes d'une maladie déjà installée : rééducation après un infarctus, suivi des pieds chez un diabétique de type 2, éducation thérapeutique du patient.
Certains auteurs ajoutent une prévention quaternaire, qui protège le patient d'examens et de soins inutiles. Elle rappelle qu'un dépistage hors recommandation n'est pas forcément un bénéfice : un faux positif entraîne des examens, de l'anxiété, parfois un traitement dont on n'avait pas besoin.
Quels sont les facteurs de risque qui pèsent le plus ?
Les maladies non transmissibles (maladies cardiovasculaires, cancers, diabète, maladies respiratoires chroniques) causent près des trois quarts des décès dans le monde selon l'Organisation mondiale de la santé. Une large part de ce poids repose sur une poignée de facteurs de risque, dont la plupart sont modifiables.
- Le tabagisme : premier facteur de risque évitable en France. Il touche le cœur, les artères, les poumons, la vessie, la gorge. Un an après l'arrêt, le risque d'infarctus a déjà nettement baissé, et il continue de diminuer les années suivantes.
- L'alcool : il intervient dans plusieurs cancers (bouche, œsophage, foie, sein, côlon) dès une consommation régulière modérée. Les repères de Santé publique France sont de 10 verres par semaine au maximum, 2 verres par jour au maximum, et des jours sans alcool.
- La sédentarité et le manque d'activité : deux facteurs distincts, puisqu'une personne qui court trois fois par semaine mais reste assise dix heures par jour cumule quand même un risque.
- L'alimentation : excès de sel, de charcuterie, de produits ultra-transformés, manque de fruits, de légumes et de fibres.
- L'obésité : elle favorise le diabète de type 2, l'hypertension, l'apnée du sommeil et plusieurs cancers. Maintenir un poids stable compte plus que viser un chiffre idéal.
D'autres facteurs se mesurent sans se ressentir : une tension artérielle trop haute ne donne souvent aucun signe pendant des années, de même qu'un excès de LDL ou une glycémie qui monte. Pour faire baisser le cholestérol, l'alimentation et l'activité suffisent parfois, mais un traitement devient utile quand le risque global est élevé. À l'inverse, l'âge, le sexe et les antécédents familiaux ne se modifient pas : ils servent à placer chacun dans le bon groupe de surveillance, par exemple un dépistage plus précoce quand un parent proche a eu un cancer du côlon avant 50 ans.
Facteurs comportementaux, environnementaux et sociaux
La définition retenue par l'OMS distingue les facteurs comportementaux (tabac, alcool, alimentation, manque d'exercice), les facteurs environnementaux (pollution de l'air, bruit, exposition professionnelle à des substances toxiques, qualité du logement) et les déterminants sociaux (revenus, niveau d'information, accès aux soins). Un environnement favorable à la santé, comme des pistes cyclables, des cantines équilibrées ou un air moins pollué, aide une population entière à changer de comportement sans effort individuel. La pollution de l'air extérieur reste un facteur environnemental majeur de pathologie respiratoire et cardiovasculaire. Le taux de tabagisme quotidien, le taux d'obésité ou le taux de participation aux dépistages servent d'indicateurs pour suivre l'effet des actions de prévention et ajuster les interventions auprès des publics les plus exposés.
Adopter un mode de vie sain sans viser la perfection
L'étude allemande EPIC-Potsdam, publiée dans les Archives of Internal Medicine en 2009, donne une mesure frappante : chez les participants qui cumulaient quatre facteurs protecteurs (n'avoir jamais fumé, un indice de masse corporelle sous 30, au moins 3 h 30 d'activité physique par semaine, une alimentation riche en fruits, légumes et céréales complètes), le risque de développer une maladie chronique était inférieur de 78 % à celui des personnes qui n'en avaient aucun. Ce résultat porte sur des habitudes simples, pas sur un régime d'athlète.
Bouger : le seuil est plus bas qu'on ne le croit
L'OMS recommande aux adultes 150 à 300 minutes d'activité d'intensité modérée par semaine, soit une demi-heure de marche rapide cinq jours sur sept, et deux séances de renforcement musculaire. Chaque tranche de dix minutes compte. Pour qui part de zéro, le gain le plus fort vient des premières heures : passer de rien à un peu réduit davantage le risque que passer d'un peu à beaucoup. Interrompre les longues heures assises reste l'autre moitié du problème, détaillée avec la sédentarité et l'activité physique.
Manger : des repères plutôt que des interdits
Les recommandations du Programme national nutrition santé tiennent en quelques lignes : des fruits et légumes chaque jour, des légumineuses au moins deux fois par semaine, des féculents complets, une poignée de fruits à coque, moins de charcuterie, de viande rouge, de sel et de boissons sucrées. La qualité globale de l'assiette sur la semaine pèse davantage qu'un aliment isolé, et aucun « superaliment » ne compense un excès de produits ultra-transformés.
Dormir et gérer le stress
Un adulte a besoin de sept à neuf heures de sommeil en moyenne. Le manque chronique de sommeil favorise la prise de poids, l'hypertension et les troubles de l'humeur. La santé mentale fait partie de la prévention au même titre que l'exercice physique : une dépression non soignée s'accompagne d'une moins bonne hygiène de vie, d'un suivi médical moins régulier et d'un risque accru de maladie cardiovasculaire. Garder des liens sociaux, consulter en cas de détresse qui dure plus de deux semaines, ce sont aussi des gestes de prévention.
Dépistage des cancers : les trois programmes organisés
En France, l'Assurance maladie invite par courrier les personnes concernées à trois dépistages organisés, avec une prise en charge à 100 % de l'examen de dépistage, sans avance de frais. Ils relèvent de la prévention secondaire : chercher la maladie avant les symptômes.
- Cancer du sein : une mammographie et un examen clinique des seins tous les deux ans, pour toute femme de 50 à 74 ans sans symptôme ni risque particulier. Le cancer du sein reste le cancer le plus fréquent chez la femme.
- Cancer colorectal : un test immunologique à faire chez soi tous les deux ans, de 50 à 74 ans, pour les femmes comme pour les hommes. Le kit se retire chez le médecin traitant ou en pharmacie, ou se commande en ligne sur le site de l'Assurance maladie. Un test positif conduit à une coloscopie.
- Cancer du col de l'utérus : de 25 à 29 ans, deux examens cytologiques à un an d'intervalle, puis un troisième trois ans plus tard s'ils sont normaux ; de 30 à 65 ans, un test HPV tous les cinq ans.
La participation reste le point faible : moins d'une femme sur deux fait sa mammographie dans le cadre du programme, et le dépistage du cancer colorectal reste loin de l'objectif européen de 45 %. Pourtant, un cancer colorectal découvert tôt se guérit dans neuf cas sur dix. Ces programmes concernent les personnes à risque moyen : un antécédent familial, une maladie inflammatoire de l'intestin ou une mutation génétique connue font entrer dans un suivi spécifique, décidé avec le médecin.
Les vaccins de l'adulte, une prévention trop souvent oubliée
La vaccination protège la personne vaccinée et son entourage, en particulier les nourrissons et les personnes fragiles. Chez l'adulte, plusieurs rappels passent souvent à la trappe.
- Diphtérie, tétanos, poliomyélite : rappels à 25, 45 et 65 ans, puis tous les dix ans. Le rappel de 25 ans inclut la coqueluche.
- Grippe saisonnière : chaque automne pour les plus de 65 ans, les personnes atteintes de certaines maladies chroniques, les femmes enceintes et les personnes en obésité sévère. Le vaccin est pris en charge pour ces groupes, et la grippe cause plusieurs milliers de décès chaque hiver en France.
- Zona : la Haute Autorité de santé recommande depuis 2024 le vaccin recombinant pour tous les adultes de 65 ans et plus, ainsi que pour les personnes immunodéprimées dès 18 ans.
- Covid-19 : une dose de rappel à l'automne pour les plus de 65 ans et les personnes à risque de forme grave.
Pour savoir où l'on en est, le carnet de vaccination, Mon espace santé ou un point avec le médecin, le pharmacien ou l'infirmier suffisent. Le site Vaccination Info Service publie le calendrier vaccinal à jour, qui change chaque année.
Comment se protéger d'une maladie infectieuse au quotidien ?
Au-delà des vaccins, la prévention d'une maladie infectieuse repose sur des gestes simples, efficaces contre la grippe, les gastro-entérites, la bronchiolite ou le covid :
- se laver les mains à l'eau et au savon, surtout avant de cuisiner et après les transports ;
- aérer les pièces plusieurs minutes par jour, même en hiver ;
- porter un masque en cas de symptômes respiratoires, surtout près d'une personne âgée ou d'un nourrisson ;
- respecter la chaîne du froid et cuire suffisamment viandes et œufs ;
- se protéger des piqûres de tiques en forêt et contrôler sa peau au retour, pour prévenir la maladie de Lyme.
Une infection respiratoire banale chez un adulte en bonne santé peut devenir grave chez une personne âgée ou fragile : c'est pour soutenir les plus vulnérables que ces gestes ont un sens collectif. Une infection urinaire, une infection de la peau ou une infection sexuellement transmissible se préviennent aussi par des gestes connus (hydratation, hygiène, préservatif), et le dépistage des infections sexuellement transmissibles est accessible sans ordonnance en laboratoire, pris en charge par l'assurance maladie pour les moins de 26 ans.
Le système immunitaire ne se « booste » pas avec une cure : il fonctionne mieux avec un sommeil suffisant, une alimentation variée, une activité régulière et des vaccins à jour.
Le calendrier de prévention selon l'âge
Ce tableau rassemble les rendez-vous recommandés pour un adulte sans risque particulier. Un antécédent familial ou une maladie chronique peut avancer ou resserrer certains examens.
| Tranche d'âge | Dépistage | Vaccins | Bilan et suivi |
|---|---|---|---|
| 18-29 ans | Col de l'utérus dès 25 ans (cytologie) | Rappel DTP et coqueluche à 25 ans | Mon bilan prévention entre 18 et 25 ans |
| 30-49 ans | Col de l'utérus : test HPV tous les 5 ans | Rappel DTP à 45 ans | Tension, cholestérol, glycémie dès 40 ans ; bilan entre 45 et 50 ans |
| 50-64 ans | Sein et côlon tous les 2 ans, col jusqu'à 65 ans | Grippe si maladie chronique | Bilan entre 60 et 65 ans |
| 65-74 ans | Sein et côlon jusqu'à 74 ans | DTP à 65 ans, grippe et covid chaque automne, zona | Bilan entre 70 et 75 ans, prévention des chutes |
| 75 ans et plus | Au cas par cas avec le médecin | DTP tous les 10 ans, grippe, covid | Vue, audition, mémoire, équilibre |
Mon bilan prévention est un rendez-vous gratuit avec un médecin, un infirmier, une sage-femme ou un pharmacien. On y passe en revue alimentation, activité, sommeil, consommations, santé mentale et dépistages, puis on repart avec un plan personnalisé de prévention de deux ou trois objectifs.
Les enjeux de santé publique, des accidents aux maladies chroniques
La prévention ne concerne pas que les maladies. Les accidents de la vie courante (chutes, noyades, brûlures, intoxications) tuent chaque année plusieurs milliers de personnes en France, et les chutes des personnes âgées en représentent la plus grande part. Un accident domestique se prévient par des mesures concrètes : éclairage des escaliers, barres d'appui dans la salle de bains, tapis fixés, détecteur de fumée, produits ménagers hors de portée des enfants.
À l'échelle collective, la stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021-2030 fixe par exemple l'objectif de réduire de 60 000 par an le nombre de cancers évitables à l'horizon 2040. Les actions de prévention portées par l'Assurance maladie, les caisses de retraite, les mutuelles et l'action sociale des organismes de protection sociale (ateliers équilibre, nutrition, sommeil) complètent le rôle du médecin traitant. Chaque organisme publie son offre sur son site, souvent gratuite pour les assurés. En entreprise, la médecine du travail mène des actions ciblées (bruit, postures, risques chimiques), et certaines complémentaires d'assurance santé financent des programmes d'aide à l'arrêt du tabac ou de reprise d'activité physique. Le plan national de santé publique « Priorité prévention » visait déjà à agir à tous les âges, de la grossesse au grand âge, avec des interventions en milieu scolaire, au travail et à domicile.
L'enjeu est aussi celui des inégalités : les personnes aux revenus modestes fument davantage, se font moins dépister et vivent en moyenne moins longtemps en bonne santé. Rapprocher la prévention des lieux de vie (pharmacie, travail, école) fait partie des leviers retenus par les politiques de santé publique.
Antécédents, grossesse, maladie chronique : les situations qui changent le calendrier
Faut-il se faire dépister plus tôt avec des antécédents familiaux ?
Souvent, mais pas toujours. Un cancer colorectal chez un parent du premier degré avant 65 ans, par exemple, justifie une coloscopie, sans attendre 50 ans. Pour le sein, une consultation d'oncogénétique peut être proposée quand plusieurs femmes de la même famille ont été touchées. Le médecin traitant oriente vers le bon suivi.
Une personne qui a déjà une maladie chronique est-elle concernée par la prévention ?
Plus que les autres. Un diabétique de type 2 ou un insuffisant cardiaque bénéficie des vaccins contre la grippe et le pneumocoque, d'un suivi régulier des yeux, des reins et des pieds, et d'une activité physique adaptée, qui peut être prescrite par le médecin.
Quels outils de prévention sont disponibles sans rendez-vous ?
Le kit de dépistage du cancer colorectal se retire en pharmacie, de nombreux pharmaciens vaccinent les adultes contre la grippe et d'autres infections, et Mon espace santé conserve vaccins et résultats d'examens. Le service Tabac info service accompagne gratuitement l'arrêt du tabac par téléphone ou application.















